Éditorial Leica S par TINA TRUMPP, 2016

Dans « Shades of Sensuality », la photographe allemande Tina Trumpp met en scène le nu féminin : la lumière naturelle et des contours adoucis créent une image tout à fait singulière, à la fois gracieuse et sensuelle, de la femme. L'art de la photographie de nu vu par une femme.

INTERVIEW :

S Magazin : Tu es musicienne et photographe. L’une de ces deux facettes prédomine-t-elle, et comment s’accordent-elles ?
Tina Trumpp : D’une manière générale, je suis une personne sensuelle et créative ; la musique et la photographie ont pour moi la même importance. J’ai grandi dans une famille très musicale. Il était donc tout naturel que je m’oriente professionnellement dans cette voie. J’ai découvert la photographie pendant ma scolarité, à l’époque de l’argentique, grâce à un professeur formidable. J’ai tout simplement toujours eu la chance de croiser les bonnes personnes dans ma vie et de pouvoir ainsi m’essayer à différentes choses. Actuellement, je photographie davantage, mais cela ne signifie pas que je préfère la photographie à la musique. Il s’agit plutôt d’un sentiment et de l’envie de faire quelque chose.

Comment décrirais-tu ton style, et a-t-il un rapport avec ta musique ?

J’aime photographier à la lumière du jour, mais aussi avec de grandes boîtes à lumière pour obtenir une lumière aussi douce, flatteuse et naturelle que possible. Je qualifierais plutôt mon style de classique ; les looks trash et la lumière crue, ce n’est tout simplement pas mon truc. Pour obtenir la photo parfaite, la mise en scène du modèle et l’ambiance sont très importantes à mes yeux. J’y consacre énormément de temps en amont. Au final, l’ensemble dégage une impression de simplicité intemporelle et d’harmonie, c’est aussi ainsi que je conçois la musique.

Lorsque tu travailles en freelance, les femmes sont souvent ton sujet de prédilection. Pourquoi ? Ces images reflètent-elles une certaine vision de la femme que tu as ?
Je pense en effet avoir une certaine vision de la femme, que j’essaie également de représenter à travers la photographie. Personnellement, je vois les femmes comme des êtres très sensuels, mais aussi forts et sexy. Dans unesérie de nus, il est important pour moi d’éviter toute trace de sexisme. La femme ne doit pas être un objet de désir, mais une muse belle, gracieuse et digne.

« Shades of Sensuality » est une série de nus. Pourquoi des nus ?
Cela faisait longtemps que je souhaitais réaliser une série exclusivement consacrée au nu, mais j’ai mis du temps à trouver le modèle idéal. Émilie a tout de suite compris ce que je voulais et ce qui comptait pour moi. Je pense qu’elle a pu rester elle-même, même si, bien sûr, je lui ai donné certaines consignes. Sur le plateau, une sorte de complicité, voire d’intimité, s’est installée entre nous deux, ce qui, je pense, transparaît également dans les photos.
Oui, ce sont des nus, mais vus à travers le regard d’une femme. Auparavant, j’avais étudié le travail d’autres photographes qui avaient abordé ce thème. Malheureusement, je n’en ai trouvé que très peu qui m’aient inspirée ou qui aient représenté les femmes d’une manière à laquelle je pouvais m’identifier personnellement. Je pense qu’il y a ici une grande différence selon que c’est un homme ou une femme qui photographie.

Tes photos en couleur ont plutôt un rendu doux. Pourquoi ? Ce rendu est-il déjà présent lors de la prise de vue, ou la post-production joue-t-elle un rôle important pour toi ?
Souvent, sur le plateau, l’imageprend déjà exactement la forme que j’imagine pour la suite. Cela tient certainement aussi à mon style photographique plutôt classique. L’art de la retouche consiste ensuite à manipuler l’image juste ce qu’il faut pour qu’elle conserve un aspect naturel. Là encore, cela nécessite une certaine complicité, cette fois entre le photographe et le retoucheur. Peter Witte, de Magic Group Media, et moi-même avons exactement les mêmes goûts : nous aimons tous les deux cette beauté légèrement imparfaite, les pores doivent être visibles, tout comme les taches de naissance. La personnalité du modèle doit être préservée, je souhaite même la mettre davantage en avant. Les images doivent vivre et ne pas être « retouchées à mort ». C’est une approche très importante de ma photographie. J’aime aussi l’élégance intemporelle.

En quoi tes travaux commerciaux diffèrent-ils de tes travaux personnels ?

En effet, dans mes travaux personnels, je m’intéresse surtout à la sensualité des femmes. Mais j’apprécie énormément les deux : chaque jour passé derrière l’objectif est comme un cadeau pour moi. Je ne fais donc aucune distinction entre les travaux personnels et les travaux commerciaux.